Japon


DRAMES AU JAPON

Jean-François Mattei (Président de la Croix-Rouge française)

Les drames en série que connait actuellement le Japon conduisent à quelques réflexions si l’on veut bien comprendre la réalité de la situation.

Il s’agit d’abord d’un tremblement de terre de très forte intensité, bien supérieure à celle du séisme en Haïti il y a quatorze mois. Le pays avait conduit une politique de prévention sismique, à la fois dans les constructions mais aussi dans l’éducation des populations. Cette prévention a permis de diminuer le nombre de victimes de façon très importante (220000 en Haïti, quelques milliers au Japon). La première leçon qu’il faut retenir c’est que la gravité d’un séisme dépend certes de son intensité mais bien plus encore de la préparation du pays grâce à une politique de réduction des risques bien conduite.

Ensuite, comme il faut toujours le redouter, de tels tremblements de terre qui font bouger le fond des mers peuvent provoquer des tsunami (raz de marée) qui viennent ajouter leur lot de victimes. Malgré le tsunami de décembre 2004 au large de l’Indonésie et dans toute la région, il faut admettre que la prévention, la préparation à ce type de catastrophe et la réduction des risques sont beaucoup moins élaborées dans la plupart des autres pays concernés par ce type de risque. Il y avait bien une digue mais très insuffisante pour arrêter une vague de 23 mètres de haut charriant des débris de toute sorte. La leçon à retenir est qu’on est d’autant plus fragile face à un danger que l’on n’a pas prévu et contre lequel on se trouve démuni. Une des préoccupations des acteurs de l’humanitaire lorsqu’ils ont quitté les zones du sud-est asiatique a été de laisser derrière eux des populations mieux averties et mieux armées en cas de tsunami. C’est aussi cela l’action humanitaire.

Enfin, et c’est la particularité de cette catastrophe, elle a provoqué des dégâts importants à une centrale nucléaire créant un accident nucléaire qui n’est pas encore maîtrisé. Outre le débat sur la sécurité de tels équipements et les précautions indispensables à renouveler à l’aune de ce drame, les conséquences sur l’intervention des acteurs humanitaires ont été importantes. En effet, eu égard au risque de radiations, l’intervention des forces armées et de sécurité publique ont pris le pas sur l’urgence d’aller aux côtés des victimes du séisme et du tsunami. Les humanitaires n’avaient pas la liberté d’action qu’ils ont le plus souvent en pareille circonstance. C’est probablement une des raisons – pas la seule – qui ont conduit le Japon à ne pas solliciter l’envoi d’équipes de secouristes et d’humanitaires comme c’est pourtant généralement le cas. Outre que le Japon est une grande puissance économique qui dispose de beaucoup de moyens de secours et d’une Croix-Rouge japonaise bien entraînée et expérimentée, compte tenu du risque nucléaire, il n’a pas voulu prendre le risque d’exposer des secours venus d’ailleurs à sa demande. Une catastrophe humanitaire est une chose, une catastrophe nucléaire (ou industrielle) en est une autre.

C’est la raison pour laquelle la Croix-Rouge française, comme toutes les sociétés Croix-Rouge et Croissant-Rouge du monde entier, est restée mobilisable à la demande, prête à partir, et a concentré ses efforts sur la collecte des dons en argent pour aider à financer les dépenses considérables que requièrent les nombreuses victimes.

Enfin, mais nous aurons l’occasion d’y revenir, il est intéressant de noter que chaque catastrophe naturelle a sa propre particularité et exige des secours, compétences et capacité de s’adapter selon les circonstances. Il y a de très grandes différences entre le tsunami d’Asie, le séïsme d’Haïti et la récente catastrophe au Japon. Il faut donc se garder des solutions toutes prêtes et des idées toutes faites.