Personnes âgées, personnes handicapées

du jeudi 22 mai 2014 à partir de 09H00 au vendredi 23 mai 2014 jusqu'à 17H30

Amphithéâtre des Sciences naturelles
Université d’Aix-Marseille
UFR Sciences, Centre St Charles
Marseille.

Renseignements et inscriptions

Céline HALLEZ : Coordinatrice des projets
Institut de Gérontologie Sociale – 148 rue Paradis • B.P. 50002
13251 Marseille Cedex 20 France
Tel. (00 33) 4 91 37 03 79 – Fax (00 33) 4 91 37 19 73
E-mail : igs-marseille@wanadoo.fr
Information également sur site http://gsite.univ-provence.fr/agis (actualité)


« Primum non nocere » (d’abord ne pas nuire)

Quand on prend une fonction de direction ou de responsabilités, d’abord on a peur, on ne sait pas ce que c’est et on a en tête ce que l’on nous a appris : les normes, les contraintes, le cadre règlementaire, etc…...tout ce qui incarne la fonction de direction.

Mais le responsable est également un créateur de lien social et doit lutter simultanément pour ne pas aseptiser la vie et chercher sans cesse des leviers de remise en lien avec la vie, des résidents ou des usagers au domicile

C’est à la fois la complexité de ces métiers et en même temps ce qui les rend passionnants.
Celle ou celui qui assume des fonctions de direction ou de responsabilités, quelque qu’en soit le niveau, doit avant tout s’interroger : « comment je vais respecter la réglementation (la
sécurité) et comment je vais créer des espaces de liberté (l’autonomie) pour permettre aux personnes de continuer à vivre au mieux en respectant leur intégrité ? »
On est ainsi à la fois sur la vie quotidienne et la vie sociale.

Mais, dans notre société actuelle, il y a de plus en plus de formalisation, de « protocolisation », de normalisation versus la recherche et la nécessité d’un accompagnement individuel.
On doit alors chercher autour de la relation aux autres et de l’activité, des situations où les réglementations et les contraintes règlementaires qui tuent les espaces de liberté peuvent
être dépassées sinon aménagées.

Quelle est la règlementation qui cherche à protéger mais en même temps contraint la vie ?........ la nourriture, l’hygiène, les sorties etc…. (par exemple la question de la cigarette pour
des personnes âgées qui ont toujours fumé, la question de la sexualité pour de jeunes handicapés etc…)
On va se trouver à l’articulation de la contrainte de la norme et de la responsabilité éthique.

Diverses interrogations sont sous-jacentes :
Quelle est la règlementation qui cherche à protéger mais en même temps contraint la vie ?
Comment faire mieux avec moins de moyens ?
Dans les établissements, par exemple, nous sommes au sein de lieux de vie mais il y a de plus en plus de normes qui s’imposent comme celles relatives à l’incendie, celles concernant l’hygiène (l’hygiénisme) ; tout un ensemble de contraintes à la recherche du risque zéro cher aux technocrates et qui sclérosent la vie sociale fondamentale dans la survie des personnes concernées.

Globalement, il nous faut rappeler, dans ces lignes, que deux acteurs poussent à la sécurisation :
• les institutions, c’est à dire le normatif.
• les familles à la recherche d’une sécurisation maximale.

TOUT cela se fait au détriment des personnes âgées et des personnes handicapées et surtout, de leurs libertés élémentaires.
Tout cela nous renvoie aux limites mais également à la question de la formation et de l’éthique des personnels concernés et plus largement, à celle posant la régulation par le Droit comme la seule possible.

Cette posture est celle de la lutte contre la norme liberticide dans une société d’interdits, de la sécurisation à outrance alors que dans le champ de la Gérontologie ou du handicap, on doit être, avant tout, dans une structure ou un service où doit primer la liberté.

Pour aller plus avant dans cette réflexion, dans son ouvrage paru en 2011, « Éthique de direction en institution sociale et médico-sociale » R. JANVIER, pose un certain nombre de questions pouvant servir de fondement à nos réflexions à venir :
« Quelles sont les « tensions éthiques » qui traversent et structurent la fonction de direction en institution sociale et médico-sociale ?
Répondre à cette question suppose de cerner la fonction de direction d’établissement ou de service du champ social et médico-social. Fonction délicate sinon difficile, marquée par l’environnement complexe qui caractérise l’action sociale, fragilisée par le contexte d’incertitude des politiques publiques, exposée au risque que représente l’exercice du pouvoir et, enfin, impactée par les situations particulières des usagers. Répondre à cette question suppose également de situer ce qu’est l’éthique dans l’action sociale et médico-sociale. Elle n’est ni une normalisation comme la morale, ni une règle professionnelle à l’instar de la déontologie. Elle renvoie la personne à ses choix quotidiens et les collectifs de travail, notamment
les équipes de direction, à leurs responsabilités engagées dans l’action au nom d’un projet partagé. »

Perpétuellement écartelés entre soupçon de négligence, déni de soin et excès de pouvoir, les soignants au sens large du terme incluant ici, les directeurs de structures et de services ainsi que les responsables à divers niveaux, sont en recherche de repères et de référentiels. Leur quête est d’autant plus forte qu’ils se sentent particulièrement exposés au risque de devoir répondre de leurs actes, autant que de leur non actes, devant la justice en raison de l’attitude de plus en plus procédurière des familles. (A. VILLEZ – 2002)

La grande interrogation sous-jacente est celle de comment prendre en charge ce tout et qui prend soin de ceux qui prennent en charge, les souffrances et les vulnérabilités, qui prennent soins de ceux qui prennent soins de….. ?

On peut alors se trouver face au désarroi professionnel, à une certaine forme d’usure professionnelle avec l’idée de culpabilité dans la prise en charge (quelle décision, pour qui, pour quel bénéfice : de l’institution, de la personne âgée, qui protéger en premier lieu ?
La démarche va être alors de prévenir et diagnostiquer les situations de désarroi.

F. R. MAHIEU (IRD-UMI « Résiliences » /CEMOTEV-2011) dans « Vulnérabilité, souffrance et développement humainement durable » s’interroge sur la vulnérabilité des responsables en charge tel d’un service, tel d’une structure d’accueil : « Leur vulnérabilité est liée à leurs responsabilités et accroit leur souffrance. Cette souffrance qui implique la psychologie de la personne, aggrave sa vulnérabilité. Malgré ce fatalisme (Ch. Dejours, 2009), une résilience (B.Cyrulnik,1999) est plausible dans certaines circonstances, en intégrant en économie les concepts de la psychanalyse.

La vulnérabilité et la souffrance qui lui est associée impliquent un « principe de précaution humaine et sociale ». Elles concernent la personne dans ses multiples composantes, en particulier la responsabilité. La vulnérabilité, souvent confondue avec la fragilité, peut provenir d’une disproportion des responsabilités, analysée ici
par les droits et les obligations. Il en résulte des hypothèses tout à fait différentes à propos du calcul économique personnel. Les mécanismes économiques habituels ne jouent pas,
compte tenu de la contrainte communautaire d’un côté et de l’intervention d’un double calcul, conscient et inconscient de l’autre. »

GRAVELEA (M.T.), Professionnelle intervenant dans le champ du polyhandicap, (Master Éthique, science, santé et société, université Paris-Sud 11), s’interroge sur « Le souci d’autrui : une responsabilité éthique ».
« Ce souci d’autrui est-il à entendre comme la préoccupation, l’intérêt que j’ai pour l’autre, le prochain, ou est-ce la préoccupation, le souci que je suscite chez l’autre en étant ce que je suis ?

L’expression « le souci d’autrui » intègre dans son énoncé un mouvement d’aller-retour qui interroge sans relâche ce lien essentiel, dynamique et continu du rapport de soi à l’autre, sans pouvoir définir ce qui est premier de soi ou de l’autre. Évoquer autrui c’est présupposer un soi qui s’engage dans un travail continu d’élaboration personnelle et de rencontre d’autrui, rencontre à laquelle on ne peut se dérober sans courir le risque de mettre en péril sa propre humanité.

Le souci d’autrui peut être entendu comme le questionnement de cet autre qui me sollicite en tant que professionnel sur ma capacité à être dans l’engagement de soi, engagement qui me fait être auprès de lui. Le souci d’autrui peut être entendu aussi comme une dimension fondamentale de l’exercice professionnel au regard de la situation des personnes dites polyhandicapées en particulier et de leurs familles, exercice qui n’est pas premier dans la société mais qui est secondaire à l’existence des personnes concernées.

Être en fonction de direction ou de responsabilité au sein d’une structure créée dans un projet associatif à partir des besoins des personnes identifiées comme vulnérables et dépendantes et de ceux de leurs familles, structure inscrite dans un cadre législatif et financée par un budget contrôlé par l’État, c’est être dans la responsabilité d’un cadre qui doit assurer sa mission de « prise en charge et de prise en compte de ces personnes dans le respect de la dignité de chacun ».

C’est à ces questions soulevées que ce colloque se propose non de répondre mais de tracer un sillon de lumière dans un monde de plus en plus mécaniciste, technocratique, rigide et chargé d’obscurité ; ceci en terme de sursaut éthique et humaniste.


Programme et inscriptions