journées Cancer(s) & psy(s)

le vendredi 11 décembre 2015 de 08:30 à 17:00

Institut Paoli-Calmettes
Centre d’information, de prévention et de consultation en cancérologie (IPC2)
15, bd Leï Roure
13009 Marseille

Renseignements et inscription

Département Enseignement-Formation
Marina Chacal
Institut Paoli-Calmettes
232, Boulevard Ste Marguerite BP 156
13273 Marseille Cedex 09
Tél. : 04 91 22 33 59 - Fax : 04 91 22 38 55
E-mail : chacalm@ipc.unicancer.fr


Le cancer, maladie obscène ? Les psys, embarrassés ?

S’il semble, comme disait Winnicott, que quelque chose dans la nature humaine soit en attente d’embarras, le cancer est ici considéré comme envahissant et contrariant le cours de la vie personnelle, conjugale, sexuelle, familiale, sociale, professionnelle, quotidienne et imaginaire des sujets qui en sont atteints, tout autant que de leurs proches et de ceux qui sont appelés à les accompagner, les prendre en charge, les soigner.

Disons-le tout net, nous ne considérons pas qu’il existe « des aspects psychologiques et sociaux de la maladie cancéreuse », comme d’ailleurs une quelconque psychopathologie du cancer. Dans le même temps, nous ne sommes guère tentés de démontrer la réalité de cette hypothèse d’un lien existant entre cancers et évènements psychiques : le cancer n’est pas la « défaite du psychisme ». Mais nous nous risquons cependant à évoquer la manière dont une maladie aussi « surexposée » que le cancer peut être captive des interactions familiales, sociales, symboliques et
imaginaires et s’inscrire comme un avatar dans l’ouverture ou la rigidification des fonctionnements psychiques des sujets. Force est de rappeler la formule freudienne de 1917 : « Le symptôme fourni par la réalité devient immédiatement le représentant de toutes les fantaisies inconscientes qui épiaient la première occasion de se manifester ».

On comprend en effet aisément comment chez un sujet atteint d’une maladie cancéreuse se déclenche souvent un travail mental intense et une activation massive de mécanismes psychodynamiques dont l’objet est bien de préserver l’intégrité psychique voire corporelle. Si une intervention psychologique est alors appelée par le malade ou les proches, pour atténuer autant que faire se peut la dimension de souffrance qui accompagne l’expérience du cancer, mais aussi pour soutenir le patient dans ses ressources et sa vulnérabilité, cette intervention ne saurait se résoudre en une redynamisation des mouvements adaptatifs du sujet malade dont le projet avoué serait totalement orienté vers la recherche de solutions destinées à amener le malade à reconnaître son état, à l’accepter, ainsi que les traitements que la médecine est à même de lui offrir, même si ceux-ci ne sont pas encore définitifs et pour une part, douloureux et invalidants.

Si nous pensons la maladie cancéreuse comme un stigmate au sens que Goffman (1996) donne à ce terme, nous la saisissons aussi comme nécessairement « obscène », pour suivre Susan Sontag dans La maladie comme métaphore (2005). Nous discernons dans l’obscène une matière obtuse sur laquelle on bute, un rappel de notre pesanteur constitutive. Ce que nous ne pouvons confronter, ou fixer, sans spasme ou soulèvement de la chair ; ce qui ne se laisse mentaliser ou si mal. C’est cette obscénité de la maladie cancéreuse qui sera interrogée lors de cette journée. Tout autant que l’embarras des psychistes à l’approcher.


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