Covid-19 ou la dimension éthique de la peur.

La France souffre. Une partie de la France souffre de l’intensité de la pandémie, en particulier l’Est et l’Ile de France ; une autre partie a une invasion épidémique moins marquée mais elle anticipe une plus grande souffrance qu’elle croit inexorable, attendant que la vague déferle sur elle. Et anticiper la souffrance, c’est déjà souffrir. L’inquiétude retrouve son sens des origines, qui veut dire « sans repos », mais aussi, par glissement de sens, un malaise qui du coup altère le repos, comme halte nécessaire à la reconquête de la sérénité. Et ce malaise est de l’ordre de la peur. La presse s’en fait l’écho puisque durant le mois de mars, les occurrences du mot, associé à Covid-19, se retrouvent plusieurs millions de fois sur un moteur de recherche web, à tel point que certains médias évoquent une épidémie de la peur1 qui s’inscrit en contrepoint de la progression de l’épidémie virale, « une peur pour soi, ses proches, son avenir »2. Cette peur n’a pas été immédiate : la Chine paraissait si loin, le chemin si long mais on semblait avoir oublié que les virus n’ont depuis longtemps aucune peine à emprunter les routes de la soie. Au début ce fut l’insouciance jusqu’à ce que l’Italie du Nord fût touchée et que la vague pandémique déferle sur la France. Au début du confinement, il a fallu faire appel à la nécessaire « solidarité » des français, à leur sens du devoir que l’État agrémenta d’amendes pour tenter de convaincre les plus récalcitrants pointés par les médias. Et il fallut faire comprendre à ceux qui fuyaient les appartements parisiens pour rejoindre leur villégiature maritime ou océane que le confinement n’avait rien à voir avec des vacances, des barbecues et des voiliers. Il a fallu sans préparation découvrir et apprendre le sens et l’importance du confinement. Pour soi et pour les autres. L’effondrement de l’animation des villes devenues aussi mornes que nos campagnes déjà exsangues, montre que globalement le confinement est plutôt bien respecté. Et cette compliance au confinement tient d’abord ni au sens du devoir ni aux menaces de répression mais à la montée en charge de la peur et c’est ainsi que la peur devient une émotion mobilisant l’éthique.

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date de publication :03-04-2020