Réflexion autour de la culpabilité du bien confiné

Par Marc Rosmini, Philosophe
Force est de constater que, pour certains d’entre nous, cette période de confinement forcé procure un certain nombre de plaisirs inédits, plaisirs toutefois entachés par une culpabilité plus ou moins consciente. Rester chez soi - lorsque l’on fait partie de la catégorie quadruplement privilégiée de ceux qui ont de bons rapports avec leurs très proches, dont le logement est confortable, qui disposent d’un revenu garanti et qui ne sont pas touchés par la maladie - peut certes s’avérer parfois angoissant, mais aussi étrangement agréable. Attentifs désormais à des choses qui, y compris dans notre espace domestique, étaient devant nous sans que nous y fassions cas, nous pouvons profiter de l’espace comme du temps de façon inhabituelle, insolite, presque expérimentale. Nous vivons à un rythme différent et, même si nous sommes occupés par le télétravail et par des tâches domestiques, certains moments se prêtent à la contemplation et à la « scholé », à savoir au temps disponible pour cultiver sa propre subjectivité. Ce rapport différent à la temporalité s’est instauré peu à peu, en même temps que notre environnement s’est modifié. Klaxons, bruits de moteurs, sirènes, gaz d’échappement : de multiples nuisances ont disparu, cette disparition rendant possible la perception d’odeurs, de sons et de formes qui étaient, en temps normal, masqués par la pollution.

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date de publication :10-04-2020