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Mars 2021

Edito

 

Place des enfants dans la crise sanitaire : enjeux éthiques

Le 25 janvier dernier, alors qu'un troisième confinement était en discussion, les sociétés savantes de pédiatrie se mobilisaient à travers un plaidoyer pour maintenir les écoles ouvertes[1].

La crise que nous traversons depuis près d'un an n'est pas seulement sanitaire, mais économique et sociale, avec des enjeux politiques et éthiques forts.

Les problématiques liées aux enfants préoccupent les membres de la commission de réflexion éthique « prévention-protection de l'enfance » de l'espace éthique PACA Corse depuis le premier confinement notamment à travers la place de la prévention, entre excès de précaution et difficulté de protection. Cette période a vu s'accroitre les violences intrafamiliales ; certains enfants se retrouvant doublement confinés, seuls dans des foyers maltraitants et à l'abri des regards dans un contexte de confinement[2]. La fermeture des écoles a été révélatrice d'inégalités sociales et économiques dans la poursuite des apprentissages, au niveau de l'alimentation quand le déjeuner pris à la cantine est pour certains le seul repas équilibré ou tout simplement le seul repas de la journée…

Si lors du premier confinement, certains enfants se sont trouvés « en situation de danger », lors de la réouverture des écoles, ils étaient considérés comme « source de danger ». Cela pose la question des représentations, ce que l'on fait porter aux enfants en termes d'inquiétudes et de regard porté sur l'autre.

Notre cellule éthique de soutien a été saisie à la rentrée de septembre, par une pédiatre qui interrogeait le paradoxe entre faible contagiosité chez les enfants et mesures sanitaires imposées à l'école. Comment les enfants traversent-ils cette crise, dans leurs lieux de vie et sur leurs lieux d'apprentissages ou de socialisation ? Comment vivre les contraintes sanitaires quand on est en construction ou que l'on ne dispose pas de tous les éléments pour raisonner face à des injonctions parfois paradoxales ? En tant que professionnels et parents, comment se positionner face aux informations transmises, aux données scientifiques, à la réalité de terrain ainsi qu'aux directives imposées ? Les protocoles de l'Education nationale sont contraignants, évolutifs, pas toujours applicables (comment faire respecter les mesures barrières à un enfant porteur de trouble neurodéveloppemental ?) sans compter le fait qu'ils puissent paraitre disproportionnés au regard d'un risque à priori faible[3]. Comment alors trouver le juste équilibre entre craintes, principe de précaution et conséquences potentielles sur la qualité de vie ? Suivons-nous des normes pour nous rassurer, pour satisfaire un besoin de maitrise dans un contexte d'incertitude, ou bien parce que nous sommes convaincus de leur bien-fondé ?

Depuis la rentrée de septembre (port du masque obligatoire dès 11 ans) et surtout depuis novembre (port du masque obligatoire dès 6 ans), de nombreux enfants sont déscolarisés : soit par choix des familles de réaliser l'instruction à domicile, soit par refus du port du masque (sans vérification d'instruction à domicile) générant des conflits avec les équipes éducatives, soit pour protéger un membre de la famille vulnérable, pour ne pas que l'enfant soit une source de contamination (ce qui qui interroge la responsabilité portée par l'enfant). D'une manière générale, qu'est-ce-que cette crise vient nous dire de l'école ? L'école qui permet de l'équité se trouve déstructurée à ce niveau.

Pour chaque tranche d'âge, à chaque étape du développement : des nourrissons en crèche aux jeunes étudiants, en passant par les écoliers, les collégiens, les lycéens, des questions spécifiques se posent.  Quel impact des mesures sanitaires chez les plus petits ou les enfants à particularités, mais aussi les adolescents, tant au niveau émotionnel, relationnel que pédagogique ? Les lycéens et jeunes étudiants voient leurs rites de passages bouleversés (ne pas passer d'épreuves, ne pas fêter le bac…), sont isolés face à leur écran, avec des difficultés à se nourrir quand les petits boulots ne sont plus possibles. Les hospitalisations pour tentatives de suicide ou détresse psychologique de plus en plus fréquentes ces dernières semaines témoignent de cette souffrance psychique.

Tout cela interroge la définition de la santé : dans la lutte contre la COVID-19, vise-t-on une approche purement sanitaire ou une approche plus globale ?

La crise de la COVID est une crise publique ; par ses conséquences psychiques, économiques, sociales, sociétales, certaines formes de vulnérabilités ont été révélées, modifiées ou amplifiées, en particulier chez les plus jeunes.

L'intérêt de l'enfant est de voir ses besoins fondamentaux satisfaits au service de son développement physique, affectif, psychologique et social[4]. En évoquant l'intérêt de l'enfant, ses besoins, ses droits, revenir ainsi à l'essentiel, par un devoir de responsabilité qui nous oblige à nous interroger à propos du bien pour l'enfant et les jeunes en général, et ce d'autant que leur avenir dépend de nos actes (H. Jonas). Face à un risque sanitaire, nous devons respecter des mesures de prévention pour limiter ce risque, en restant vigilant sur l'impact des mesures mais aussi en faisant preuve d'intelligence en situation (P. Ricoeur). Nous ne sommes plus dans une réflexion par anticipation, nous devons être dans l'action. Inventer des comportements justes, adaptés à la singularité des situations, faire l'expérience de la négociation, négociation intelligente avec les normes pour donner du sens (M. Grassin). Prendre soin de nos enfants est chose essentielle, une exigence éthique.

 

L'équipe de l'Espace Ethique  

 

[1] position_de_la_sfp_afpa_25_janvier_2021_-.pdf (sfpediatrie.com)

[2] P. Malzac, M. Mathieu, M.A. Einaudi. Quel accompagnement pour les personnes vulnérables en contexte de confinement ? Ethique Sante. 2020 Dec; 17(4): 220–225

[3] COVID-19 | Société Française de Pédiatrie (sfpediatrie.com)

[4] Démarche de consensus sur les besoins fondamentaux de l'enfant en protection de l'enfance - Ministère des Solidarités et de la Santé (solidarites-sante.gouv.fr)

 

Actualités

 

Podcast Conversations : Enjeux éthiques autour de la vaccination contre la COVID-19

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Agenda

La crise sanitaire ne nous permet pas d'accueillir du public au sein de notre structure. Toutefois, les conférences-débats seront accessibles en visio-conférence sur inscription.

conférence : Quelle place pour la subjectivité dans la relation soignant-soigné ?

Mercredi 10 mars 2021 de 14h à 17h.

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Conférence de la commission "Ethique des soins et religions"

Jeudi 18 mars 2021 de 9h à 17h.

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Médecine,génétique,psychanalyse et éthique - Dialogues croisés. "GENETIQUE et NARRATIVITE"

Vendredi 26 mars 2021 de 9h à 17h.

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Conversations : Les données de santé au temps de la COVID-19

Mercredi 17 mars 2021 de 10h30 à 12h.

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10eme printemps Ethique de Nice

Vendredi 19 mars 2021 de 9h à 13h.

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Conversations : « Détresse psycho-sociale » : un argument pour repousser les limites de l'avortement ?

Jeudi 15 avril 2021 de 10h à 11h30.

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Lecture

SANTE Le grand bouleversement

Comment serons-nous soignés demain?

Jean-François MATTEI

Notre santé est en plein bouleversement ! Bien-portants, malades et soignants, nous sommes tous concernés. Depuis qu'il y a des humains sur terre, une permanence de la médecine s'est installée, fondée sur le rapport entre la confiance du malade et la conscience du médecin. Or, aujourd'hui, cette médecine de la personne pourrait être menacée par des avancées technologiques incroyables. L'intelligence artificielle et son cortège d'algorithmes pourraient décider à notre place. Nos gènes nous enfermeraient dans un destin programmé par notre seul ADN. Nos données numériques personnelles nous échapperaient, trahissant les secrets de notre intimité. Des implants cérébraux pourraient modifier nos comportements. Répondant au projet transhumaniste, l'être humain "augmenté" poursuivrait sa transformation vers une post-humanité désincarnée.

Devant ce grand bouleversement annoncé, notre société, partagée entre individualisme et solidarité, saura-t-elle réagir ? Affirmera-t-elle sa volonté d'utiliser tous ces progrès dans le seul but de guérir et de vivre plus longtemps en bonne santé? Saura-t-elle se protéger contre les dangers potentiels et les désordres de notre environnement qui menacent notre santé? Jean-François Martel n'esquive aucune de ces questions éthiques. Il prône l'optimisme, à la condition de renouer avec la sagesse et le sens des valeurs humaines. Une quête du bonheur à notre portée... avec l'aide d'une bonne médecine.

 

L'auteur : Jean-François Mattei, professeur émérite de pédiatrie et de génétique médicale, est ancien minium de la Santé. Il a présidé la Croix-Rouge française. Membre de l'Institut de France (Académie des sciences morales et politiques), il est président de l'Académie nationale de médecine.

 

Pour approfondir visualiser l'interview du Pr. Jean-François MATTEI sur FranceInfo du lundi 9 mars 2020. cliquez-ici. 

 

D'autres événements ont lieu à l'Espace Ethique, n'hésitez pas à consulter notre site Web. Cliquez-ici pour accéder à l'agenda 2021.

 

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